L’épisiotomie et les violences obstétricales, kesako ?

:

Pour celles et ceux, qui profitaient de leurs vacances, peinards, vous êtes peut-être passés à côté de la polémique de l’été.

Pas de panique. EllesLaw, votre décodeur préféré (si si votre préféré !), se lance dans l’art du décryptage juridique, parce que vous ne le savez peut-être pas, mais le Droit est partout, même là où on ne l’attend pas, comme par exemple pour l’épisiotomie et les violences obstétricales ?.

 

Notre enchaînement magistral fait, une petite piqûre (indolore) de rappel s’impose !

En juillet dernier, la secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, s’est émue publiquement qu’en « France, on a un taux d’épisiotomie à 75%, alors que l’OMS préconise d’être autour de 20-25% », et a commandé un rapport sur les violences obstétricales, car selon elle « il y a des pratiques obstétricales non consenties ».

Branle-bas de combat. Les gynécologues et obstétriciens s’insurgent, et attention réplique qui tue, ils jurent que « les obstétriciens ne maltraitent pas leurs patientes et entendent à leur tour ne pas l’être par une secrétaire d’Etat mal informée » !

 

What else ? De quoi croyez-vous qu’on parle ?


Soyons sérieux, un instant.

Par violences obstétricales, on pointe du doigt les soins délivrés sans consentement au cours de l’accouchement, ainsi que les abus d’autorité et l’absence d’empathie des soignants à l’égard des femmes.

Longtemps silencieuses, certaines femmes dénoncent aujourd’hui le système relationnel médecin/patient qu’elles jugent profondément inégalitaire. Elles refusent d’abandonner leur corps au seul savoir du médecin et estiment avoir le droit de prendre part aux décisions qui les concernent, d’où les hashtags qui pullulent sur twitter # les femmes ne sont pas des utérus sur pattes ou # paye ton utérus.

On comprend donc par le terme violences obstétricales que le geste médical n’est pas neutre et qu’il peut être perçu par les patients comme une atteinte à leur intimité.

 

Et l’épi…truc dans tout ça ?

Notre nouveau petit mot savant est une incision du périnée qui facilite la sortie du bébé. Le but est de protéger la patiente de déchirures graves lors de l’accouchement.

Cette intervention chirurgicale bien connue de nos chers praticiens doit, selon les préconisations de l’Organisation Mondiale de la Santé, être limitée aux accouchements difficiles.

En résumé, l’épisiotomie, c’est comme les antibiotiques, ce n’est pas automatique !

Le problème est que certains médecins continueraient à banaliser la pratique de l’épisiotomie, alors que dans le même temps des femmes décrivent, suite à leur opération, de graves séquelles physiques et psychologiques (longue cicatrisation, syndrome post-traumatique, etc.).

 

Qu’en pensent les médecins ?

Un bon nombre de médecins considèrent qu’il est injuste de leur prêter des intentions malveillantes. Ils expliquent que l’épisiotomie s’avère souvent justifiée quoi qu’on en dise.

Ils pensent qu’il est de leur devoir de tout mettre en œuvre pour assurer le meilleur niveau de soin à leurs patients, femmes et enfants, et qu’on ne peut leur reprocher de faire leur travail de leur mieux.

Ils notent enfin qu’il est souvent difficile de trouver un juste équilibre entre le droit à l’information et le droit à la qualité des soins lorsque la femme, qui accouche, se trouve dans une position émotionnellement délicate.

 

Et le droit dans tout ça ?


Ce qu’il faut savoir

Depuis la loi du 4 mars 2002, le législateur a remis le patient au centre des décisions médicales. C’est ce qu’on appelle la démocratie sanitaire. On dit merci qui ? Merci Docteur Kouchner ! 🙂

Le consentement est « la clé de voûte de la relation médecin-patient ».

Aucun acte médical ou traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé du patient. Ça signifie que le patient est libre d’accepter ou de refuser la proposition de soin.

Le patient devient ainsi acteur de sa vie médicale parce qu’il a tout simplement le droit de disposer librement de son corps et que justement un acte médical vise à toucher la personne dans sa chair. C’est un acte intrusif qui nécessite que le patient soit bien informé sur son état de santé et en mesure d’exprimer sa volonté en autorisant ou non les actes médicaux qu’on lui propose.

Il n’existe en droit médical q’un seul cas où l’on peut ignorer le consentement, c’est l’urgence vitale. La vie du patient est en danger de mort et il ne peut pas s’exprimer.

Alors les violences obstétricales : violence ou pas violence ?

La communauté des médecins considère qu’il n’y a pas violence parce qu’il n’y aucune intention de faire volontairement mal à la patiente.

Toutefois, de plus en plus de voix s’élèvent pour dire qu’en faisant abstraction du consentement de la patiente, le médecin exerce bien une contrainte parce qu’il l’oblige à consentir aux soins. La patient est réduit à l’état de chose. On lui dénigrerait de cette façon sa qualité d’être humain en ne lui permettant pas d’exprimer sa volonté.

 

Guide du parfait patient bien informé !

Pas de chichi, j’ai le droit de savoir ce qui cloche chez moi. (droit à l’information)

Pas de charabia, tu n’as pas le monopole du savoir, cher docteur. (droit à une information claire)

Mon corps, ma décision ! (droit au consentement)

Il n’y a que si je suis dans le coltard ou en train de passer l’arme à gauche que le médecin peut m’imposer sa décision ! (l’exception qui confirme la règle)

 

Bon à savoir

Il est possible pour un patient de désigner une personne de confiance pour l’aider dans ses décisions, recevoir l’information à sa place et être consultée dans le cas où il serait dans l’impossibilité de s’exprimer. La personne de confiance, c’est un peu comme votre porte-parole. Elle veillera sur vos intérêts.

 

Sachez que la femme enceinte peut rédiger un projet de naissance dans lequel elle consignera ce qu’elle souhaite pour son accouchement (péridural, perfusion, …, épisiotomie, etc.). Même si ce texte n’a aucune valeur juridique, c’est le moyen idéal pour instaurer un dialogue constructif avec le corps médical qui prendra soin de vous le jour J.

 

Pour ou contre les violences obstétricales, peu importe, dans tous les cas, il y a bien un malaise qui plane.

EllesLaw reste à l’affût !

 

Eulalie LEPINAY

Elève-avocate, ERAGE